L’Oubangui Chari : Le pays qui n’existait pas Auteur : Mr Jean Pierre Tuquoi

Le livre de Mr Tuquoi est une mine d’informations Ancien journaliste au journal le Monde, chargé de couvrir la  RCA, il a pu collecter ainsi des informations sur notre pays et s’est beaucoup documenté en exploitant la plupart des ouvrages sur la RCA.

La qualité du livre est cependant altérée par son titre provocateur qui laisse à croire que notre pays était inhabité, un vide humain bref il n’existait pas jusqu’à une époque récent.

En retenant ce titre, probablement en accord avec son éditeur pour des raisons commerciales, monsieur Tuquoi était conscient que cela pouvait choquer des centrafricains. Je suis de ces centrafricains choqués par cette contre vérité historique.

Cette thèse qui n’est pas originale, n’est rien d’autre que la reprise des vieux clichés sur la «  tâche blanche » inspirés par les milieux proches du système colonial.

Les meilleures réponses à cette affirmation à l’emporte-pièce de Mr Tuquoi viennent de ses compatriotes :

  1. Mr Pierre Kalck auteur d’une célèbre thèse de doctorat sur l’histoire de la RCA publiée en version livre en 1974 par les éditions Berger- Levrault
  2. Mr Christian Prioul Agrégé et docteur en Géographie. Il a enseigné de 1966 à 1972 en RCA publié un livre. Entre Oubangui et Chari vers 1890 dans la collection Recherches Oubanguiennes
  3. Mr Roger DE BAYLE DES HERMIENS Chargé de recherche au CNRS .Il a publié Recherche préhistorique en République Centrafricaine dans la collection Recherches Oubanguiennes après trois missions en RCA SUCCESSIVEMENT EN 1966 – 1967 et 1968.

Le livre de Mr Kalck est un cinglant démenti de la thèse de me Tuquoi et tous ceux qui  comme lui  pensent que l’Oubangui – Chari était  anhistorique. Mr Kalck ne s’est pas contenté des travaux de recherche réalisés par les  personnalités citées ci- dessus mais s’est livré à des recherches qui ont permis d’établir que les Centrafricains à travers les grands groupes ethniques qui peuplent la RCA d’aujourd’hui , ont occupé l’essentiel de l’actuel territoire dès les 16e  17e et 18e siècle .

Les conclusions de Mr Kalck se passent de tout commentaire : « Ainsi dans la préhistoire, dans l’antiquité dans le premier siècle de l’ère chrétienne, la République Centrafricaine fut une terre peuplée. Ses savanes, ses rivières, ses montagnes ont joué un rôle important dans les grands mouvements de population qui ont abouti au peuplement actuel du continent. Ce pays ne fut donc pas, comme on le crut longtemps, une zone retirée de l’Afrique mais au contraire un point de passage fréquenté. Il présente un intérêt certain pour l’élaboration d »une histoire  ancienne du continent »

Comme souligné ci-dessus, on ne saurait négliger la contribution inestimable de messieurs Christian Prioul et Roger De Bayle.

La fameuse « tâche blanche » sur la carte de l’Afrique qui visait la zone centrale correspondant à peu près au territoire de la RCA, est le produit de la méconnaissance totale de cette région du monde par les puissances occidentales réunies à Berlin en 1885.

Les travaux de recherche de Prioul et de DE BAYLE étaient parvenus à la même conclusion que Mr Kalck à savoir que cette région était bien habitée par des hommes qui ont façonné des civilisations antérieures à la période coloniale. Si la conclusion des deux(2) chercheurs est le même, leur démarche est différente. La démarche de Mr Prioul est anthropologique, centrée sur les ethnies qui ont occupé cet espace et les cultures pratiquées pour nourrir la population. Mr Mr DE BAYLE en tant que préhistorien s’est attaché à explorer les vestiges découverts. Il s’agit :

  • Des Objets taillés dans le silex et le quartz dans l’ouest, le centre, le Nord – Ouest etc.
  • La Céramique de Bangandou
  • La mégalithes de Bouar
  • Les gravures rupestres de Mpatou dans les environs de Bakouma, dans le Nord- Est etc…

La conclusion de Mr DE BAYLE est sans appel «  Le résultat de nos missions apporte la preuve que ce territoire grand comme la France possède comme ses voisins, au nord et au sud, des vestiges très abondants de civilisations de la préhistoire » «  La grande tâche blanche qui existait pour cette période sur la carte de l’Afrique se trouve ainsi partiellement comblée »

Si l’Oubangui Chari n’existait pas comme le prétend Mr Tuquoi comment expliquer  « ces vertiges très abondants des civilisations de la préhistoire » qui sont incontestablement l’œuvre de nos ancêtres qui ont occupé et façonné cet espace pendant de longues décennies antérieures à tout  contact avec des étrangers ?

En refusant de prendre en compte ces contributions, Mr Tuquoi a privilégié une démarche journalistique notamment la recherche du sensationnel qui in fine a réduit la place des autres sources ( histoire, archéologie) dans la recherche de la connaissance de notre pays.

La probité  intellectuelle et le respect envers tous ceux qui ont acquis ce livre dans l’espoir de mieux s’informer sur la RCA, commandent à Mr Tuquoi de revoir les  contre – vérités de son ouvrage à la faveur d’une nouvelle édition tout simplement en intégrant les apports des autres disciplines (anthropologie, géographie, archéologie etc…)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *